jeudi 18 juin 2015

Comment fabriquer de la dépression ?


Pourquoi se sent-on parfois déprimé(e) ? Quels sont les mécanismes psychologiques à l'origine de la dépression ? Dans cette vidéo, je vous explique les circonstances et les facteurs à réunir pour générer de la déprime.

On va parler d'un sujet pas drôle : la dépression. Mais comme je n'ai pas envie de vous plomber le moral et qu'en plus cette maladie n'est pas une fatalité, on ne va pas se lamenter sur le sort des personnes déprimées.

Selon Martin Seligman, un célèbre chercheur en psychologie, la recette de la dépression comporte deux ingrédients :
  • la rumination, qui consiste à ressasser constamment ses pensées ;
  • et le pessimisme, c'est à dire des idées négatives concernant le futur, mais également le passé et soi-même ainsi qu'un sentiment d'impuissance.
Donc en résumé, la dépression consiste à avoir des pensées négatives, et à y penser tout le temps.

Ici, on va s'intéresser au second paramètre : le pessimisme, c'est à dire aux circonstances qui font perdre aux gens tout espoir et tout sentiment de contrôle sur leur vie.
Ces circonstances, on peut les fabriquer expérimentalement, c'est à dire qu'on peut rendre volontairement des gens dépressifs dans un laboratoire. Je vais vous expliquer comment on fait.

D'abord, je vais vous parler d'une expérience réalisée sur des chiens. Personnellement, je trouve ça cruel. Je préfère de loin l'expérimentation sur les humains. Mais bon, tout le monde ne partage pas mon point de vue.


Comment rendre un chien dépressif ?

Je vais vous raconter une expérience réalisée par Martin Seligman et Steven Maier. Cette expérience s'est déroulée en deux phases, avec trois groupes de chiens.

Phase 1

Dans la première phase de l'expérience, à chaque essai un chien de chaque groupe était attaché à un harnais.
  1. Aux chiens du premier groupe, on envoyait des chocs électriques qu'ils pouvaient arrêter en appuyant sur un levier.
  2. Les chiens du deuxième groupe étaient reliés aux chiens du premier groupe de sorte qu'ils recevaient exactement les mêmes chocs électriques. La différence, c'est qu'eux n'avaient aucun moyen d'arrêter les chocs.
  3. Les chiens du groupe trois constituaient le groupe témoin. Ils ne recevaient aucun choc électrique.
Notez que les chocs électriques n'étaient pas très douloureux mais quand-même très désagréables. C'est pour ça que je disais que c'était cruel. :(

Quand les chiens du groupe 1 et du groupe 2 recevaient les chocs électriques, au départ ils s'agitaient un peu dans tous les sens à la recherche de ce qu'ils pouvaient faire pour éviter les chocs.
Les chiens du groupe 1 comprenaient assez vite qu'en appuyant sur le levier, ils pouvaient faire cesser les chocs électriques.
Par contre, les chiens du groupe 2 ne pouvaient pas faire cesser les chocs électriques et finissaient par se décourager.
Le chien du groupe 3, lui, attendait tranquillement.
 

Phase 2

Au cours de la seconde phase de l'expérience, on mettait les chiens dans une boîte séparée en deux parties par une petite barrière centrale.
A nouveau, on envoyait aux chiens des chocs électriques, qu'ils pouvaient éviter très facilement en sautant simplement au dessus de la petite barrière centrale pour se réfugier dans l'autre partie de la boîte.

Les chiens du groupe 1 n'ont eu aucun problème à éviter les chocs électriques. Dès qu'on envoyait un choc, ils sautaient au dessus de la barrière et ils étaient tranquilles.

Pareil pour les chiens du groupe 3. Même s'ils n'avaient reçu aucun choc électrique dans la première phase de l'expérience, ils ont très vite appris à sauter la petite barrière pour éviter les chocs.

Par contre, les chiens du groupe 2 n'essayaient même pas d'échapper aux chocs. Tout ce qu'ils faisaient, c'était s'allonger par terre et subir en silence.
En fait, la première phase de l'expérience avait appris aux chiens du groupe 2 qu'ils étaient complètement impuissants. C'est à dire que, quoi qu'il fassent, leurs actions n'avaient aucun effet.

Dans notre jargon de psy, on appelle ça l'impuissance apprise, ou la résignation acquise.

Notez que ce n'est pas la fréquence ou l'intensité des chocs qui déclenchaient ce sentiment d'impuissance, puisque les chiens du groupe 2 recevaient exactement les mêmes chocs que ceux du groupe 1. La seule différence, c'était le sentiment de contrôle : dans la première phase de l'expérience, les chiens du groupe 1 pouvaient arrêter les chocs électriques en appuyant sur un levier alors que les chiens du groupe 2 subissaient sans rien pouvoir faire.

Alors si on fait un parallèle avec l'être humain, ce n'est pas le nombre ou la fréquence des événements négatifs qui nous arrivent qui nous rend dépressifs et impuissants, mais plutôt le sentiment qu'on n'a aucun contrôle sur ce qui nous arrive. Et ce sentiment d'impuissance, très familier des personnes dépressives, nous conduit à baisser les bras.

C'est quand on croit que nos efforts sont inutiles qu'on devient passif.

Cette expérience réalisée sur des chiens a ensuite été répliquée sur des êtres humains. A la place des chocs électriques, on utilisait des sons très désagréables et à la place du fait de pousser un levier on utilisait la résolution de casses-tête par exemple. Et ça aboutissait au même résultat qu'avec les chiens : le découragement.

C'est bien beau tout ça, mais je suppose qu'à présent vous aimeriez savoir comment vous débarrasser de ce sentiment d'impuissance, comment faire pour se sentir mieux et arrêter d'être déprimé. C'est une question assez vaste, tellement vaste qu'elle fera l'objet d'une prochaine vidéo. Donc pour le savoir, il va falloir soit :

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