mardi 18 juillet 2017

sport extrême et dépression

On savait déjà que l'activité physique, même modérée, a un effet positif sur l'humeur. Mais tous les sports ne se valent pas. A même intensité, les sports dits extrêmes auraient un effet plus important sur l'humeur que les autres.


Connaissez-vous le bloc ? C'est un type d'escalade qui consiste à grimper des surfaces pouvant aller jusqu'à 5 mètres de haut, sans être assuré. Ni baudrier, ni corde, ni mousqueton.

Des chercheurs allemands (Luttenberger et al., 2015) ont voulu tester si ce sport pouvait aider à guérir la dépression. Pour cela, ils ont recruté une cinquantaine de participants souffrant de dépression, à qui ils ont fait suivre un programme de "bloc-thérapie" qui consistait à pratiquer cette activité trois heures par semaine.

Après huit semaines de pratique, les sujets montraient déjà une nette amélioration de leurs symptômes, avec une perte moyenne d'un "degré" de dépression. C'est à dire que les personnes à l'origine en dépression sévère (évaluée par l'intermédiaire du Beck Depression Inventory) étaient "descendus" au niveau d'une dépression modérée, celles qui présentaient à l'origine une dépression modérée présentaient une dépression légère, etc.

Cet effet sur la dépression est supérieur à celui d'autres sports plus classiques, comme la course à pieds par exemple. D'après les chercheurs, c'est l'aspect mental du bloc qui fait la différence. Quand on pratique cette activité, on doit être pleinement concentré sur ce qu'on fait, focalisé sur l'instant présent, pour ne pas tomber. Il n'y a pas de place pour laisser l'esprit vagabonder et ruminer ses pensées négatives.

Ajoutez à cela le gain en estime de soi et confiance en soi qu'apporte la satisfaction d'avoir surmonté ses peurs, d'avoir atteint un objectif, et vous avez la recette parfaite pour améliorer son humeur.

Notez que bien que l'étude portait exclusivement sur la pratique du bloc, ce n'est pas le seul sport présentant ces caractéristiques. C'est le cas de tous les sports dits extrêmes (les sports qui ne sont pas ennuyeux, quoi).

En somme, c'est une autre façon de dire ce que j'avais déjà développé dans une vidéo : Comment vous "vacciner" contre la déprime.


Sources

Crédit photo : Steenaire

mardi 4 juillet 2017

Entraînez-vous en ligne au mastermind (tests psychotechniques)

Vous préparez le concours d'entrée en IFSI pour devenir infirmière (ou infirmier) ? Dans ce cas, il est probable que vous redoutiez l'épreuve des tests d'aptitude. La bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui il existe des moyens pour s'entraîner en ligne, depuis votre ordinateur, tablette ou smartphone.

 


Avec l'épreuve des tests d'aptitude du concours infirmier, il y a un exercice qui revient souvent : le mastermind (ou carré logique). Cet exercice est réputé pour être un classique du concours d'entrée en IFSI, même si on le retrouve presque aussi souvent dans le concours d'entrée en IFAP.

Et le mastermind, ça fait peur. Encore plus que pour le reste de l'épreuve de tests d'aptitude. Parce que le mastermind, c'est difficile. Le type de raisonnement utilisé pour en résoudre les questions sollicite énormément la mémoire de travail. En plus, beaucoup de candidats ont du mal à bien comprendre la consigne de cet exercice.

Dommage, parce que comme les masterminds sont très répandus dans les concours. Un candidat qui ne maîtrise pas cet exercice risque de voir sa note privée de précieux points, et son classement sur la liste d'entrée sérieusement réévalué.

Heureusement, ce n'est pas une fatalité. Comme toujours avec les tests psychotechniques, c'est l'entraînement qui prime. En multipliant la pratique sur des exercices variés, tôt ou tard on finit par gagner en compétence et s'assurer une belle performance.

Et pour s'entraîner, on n'est pas obligé de se contenter des classiques manuels de tests. Aujourd'hui, il existe des solutions innovantes, qui permettent de s'entraîner n'importe où pour peu qu'on ait accès à Internet : chez soi sur son ordinateur, depuis son canapé avec sa tablette et même dans le bus avec son smartphone.

C'est le cas du site tests-psychotechniques.sithis.fr, par exemple, qui permet aux futurs candidats au concours de maîtriser parfaitement le mastermind.

Tout d'abord, le site propose des tutoriels en accès libre, en format textuel et bientôt également en vidéo.
Mais sa vraie richesse se situe ailleurs : dans sa base de données de questions. Très importante, à ce jour elle compte déjà plus de 5000 questions. Et chacune est sélectionnée aléatoirement à chaque fois que vous lancez un exercice. De cette façon, vous tombez à chaque fois sur un nouveau problème à résoudre et vous évitez la redondance des questions.

De plus, chaque question est accompagnée d'une solution détaillée. Comme ça, même quand vous vous trompez, vous avez la possibilité de suivre pas à pas le raisonnement qui conduit à trouver la solution.

exemple d'exercice de mastermind
Extrait d'un exercice de mastermind proposé sur le site tests-psychotechniques.sithis.fr

Le site propose également d'autres fonctionnalités très utiles, comme la possibilité de choisir le niveau de difficulté des questions avec lesquelles vous vous entraînez ou des mises en situation de concours chronométrées.

En résumé, tout est là pour vous permettre de connaître le mastermind sur le bout des doigts. Après ça, cet exercice n'aura plus de secret pour vous.


samedi 22 avril 2017

L'estime de soi: comment ça fonctionne et comment l'augmenter



En 1890, William James publie un livre intitulé Principes de psychologie. Le bouquin est énorme. Il fait plus de 1300 pages. Autant vous dire que je n’ai pas eu le courage de tout lire. D’autant plus que pour moi, William James c’est un peu le Aristote de la psychologie.
 
Mais comme même une horloge cassée donne la bonne heure deux fois par jour, il y a quand-même une phrase parmi les 1300 pages de cet ouvrage qui a retenu l’attention des psychologues. Cette phrase, glissée presque furtivement au milieu du pavé, concerne le fonctionnement de l’estime de soi.

Le rôle de l’estime de soi

On peut définir l’estime de soi comme la considération qu’on a pour soi-même.
Autant dire que c’est important, parce que si on n’aime pas quelqu’un, on n’est pas forcément obligé de le supporter toute la journée. Mais si on ne s’aime pas soi-même, si on n’aime pas ce qu’on est, les conséquences sont plus graves...

Quand on a une bonne estime de soi, ça revient à se considérer comme quelqu’un de bien, de valable. Une mauvaise estime de soi signifie au contraire qu’on se considère comme quelqu’un qui ne vaut pas grand-chose, qui n’apporte rien, qui ne manquerait à personne, voire, dans les cas les plus extrêmes, on peut en arriver à penser que le monde se porterait mieux sans nous.

L’estime de soi, c’est la considération qu’une personne a pour elle-même.

Vous imaginez sans peine jusqu’où ça peut mener. Une mauvaise estime de soi est caractéristique de la dépression et en constitue souvent la porte d’entrée (Sowislo & Orth, 2013).
Les personnes qui manquent d’estime pour elles-mêmes peuvent aussi avoir tendance à se négliger. Elles cessent de porter attention à leur apparence physique et à leur hygiène de vie, voire même à leur hygiène tout court et à leur santé.
Une mauvaise estime de soi entraîne également souvent une diminution de la confiance en soi, de l’anxiété et des difficultés à s’affirmer.

Bien entendu, tous ces signes sont proportionnels au manque d’estime de soi ressenti. Dans les cas les plus légers, on va « juste » déprimer un peu de temps en temps et passer tout le week-end en pyjama, alors que dans les cas les plus graves, ça peut aller jusqu’au suicide.

Il est donc important d’avoir une bonne estime de soi.
Cependant, attention à ne pas basculer dans le narcissisme. Le narcissisme ressemble à une estime de soi démesurée, mais en réalité il s’agit surtout d’un mécanisme de défense qui masque au contraire une estime de soi défaillante. Une bonne estime de soi, c’est une estime de soi positive, mais aussi une estime de soi solide.

J'ajouterai que si l'estime de soi est nécessaire pour être heureux, elle n'est pas suffisante. Il y a bien d'autres conditions à remplir. Mais disons que si on a une bonne estime de soi on a déjà fait une bonne partie du chemin.
 

Fonctionnement de l'estime de soi

Pour en revenir à William James, selon lui l'estime de soi est le résultat d'une fraction toute simple, dont le numérateur est constitué de nos succès et le dénominateur de nos prétentions.

 
Si vous vous rappelez de vos cours de maths, il y aurait donc deux façons d'améliorer l'estime de soi : en augmentant ses accomplissements, ou alors en diminuant ses prétentions, c'est à dire en renonçant à certaines choses importantes pour nous.

Pour mieux comprendre ce que ça représente, imaginez un axe qui représente l'accomplissement personnel.

Sur cet axe, chaque personne place un premier point là où il estime se trouver actuellement. Ce point correspond à la représentation de son soi actuel. Aujourd'hui, à cet instant t, voilà ce que j'ai accompli.

Forcément, plus on aura le sentiment d'avoir accompli des choses au cours de sa vie, plus ce point sera élevé. Mais pour l'estime de soi, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ça n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est la distance qui sépare ce point d'un second, plus haut, qui correspond à nos prétentions.

Ce second point représente ce qu'on aimerait être, autrement dit le soi idéal.

Le soi idéal est composé de tout ce qui a de l'importance à nos yeux. Par exemple le fait d'obtenir tel ou tel diplôme, d'avoir des enfants ou encore d'avoir 50 000 followers sur Instagram.
Du coup, le soi idéal constitue une sélection, dont on exclue tout ce qu’on considère sans importance. Par exemple, dans mon soi idéal à moi, il n'y a rien qui concerne le foot ou la culture. Ce qui fait que j'en ai rien à faire d'avoir deux pieds gauches ou d'être une quiche à questions pour un champion. Je ne me sens pas nul à cause de ça, parce que j’ai choisi d’autres intérêts et ceux là n’affecteront pas mon sentiment de valeur personnelle.
Par contre, si un jour j’apprends que 3/4 des spectateurs de cette vidéo détestent mon travail, là je vais me rouler par terre et pleurer.

Pour en revenir au schéma, plus il y a de distance entre le soi actuel et le soi idéal, autrement dit entre ce qu'on est et ce qu'on voudrait être, et plus l'estime de soi est faible.
Au contraire, plus ces deux points sont proches, ce qui revient à rapprocher le résultat de la fraction de William James de 1, plus l'estime de soi est élevée.

En fait, pour gagner en estime de soi, il n’est pas forcément nécessaire d’augmenter ses accomplissements.
On peut aussi choisir de renoncer à certaines prétentions. Et dans son bouquin, James met particulièrement l'accent sur ce dernier point, en insistant sur le soulagement qu’on ressent lorsqu’on abandonne un but inaccessible, comme la quête pour rester jeune par exemple, et que l’on finit par s’accepter tel qu’on est.

« Comme nous trouvons plaisant le jour où nous abandonnons la lutte pour rester jeunes – ou minces ! Merci mon dieu, disons-nous, ces illusions sont parties. Tout ce que l’on ajoute au Soi est un fardeau autant qu’une vanité. » William James

Avec un exemple, vous verrez que je viens juste d'enfoncer une porte ouverte. Si on imagine une personne qui aspire à se marier, avoir des enfants, un bon niveau de revenus et être propriétaire d'une maison, vous vous doutez que si cette personne atteint ces objectifs elle se sentira bien dans sa peau.
Au contraire, si elle se retrouve seule, sans emploi dans un appartement hlm et sans enfant, elle va forcément avoir une mauvaise estime de soi.

Si on reprend la fraction de James, plus ces deux points sont éloignés, plus le numérateur est faible par rapport au dénominateur, et donc plus le résultat est proche de 0. Au contraire, plus ces deux points sont rapprochés, plus le numérateur se rapproche du dénominateur et donc plus le résultat s'approche de 1.

D'ailleurs au passage, on n'aura jamais plus que 1, parce que pour ça, il faudrait que le numérateur soit plus élevé que le dénominateur. Et ça n'arrive jamais, parce que même dans les cas où l'on atteint nos aspirations, on se débrouille toujours pour en trouver de nouvelles.
 

Comment améliorer l'estime de soi ?

Pour améliorer l'estime de soi, l'idée c'est de rapprocher ces deux points. Donc soit on diminue nos prétentions en renonçant à certains buts, soit on monte le second point.

Dans le premier cas, il s’agira de faire le tri pour trouver ce qui compte vraiment pour vous et laisser de côté ce qui n’est pas si important. Dans le second cas, il s’agira de focaliser votre énergie sur les choses qui comptent vraiment à vos yeux, au lieu de vous disperser sur des choses qui n’ont pas d’importance.

Dans les deux cas, cela demande d’identifier ce qui compte vraiment. Qu’est-ce qui est important pour vous ? Quelle personne aimeriez-vous être ? Vous pourriez essayer de faire une liste, mais à tous les coups, il va y avoir deux problèmes. Soit vous allez oublier des trucs, soit vous allez la remplir de choses qui n’ont pas tant d’importance que ça.

Alors, pour éviter ça, je vais vous montrer une liste de valeurs qui est très fortement inspirée de l’excellent bouquin « guérir l’anxiété » de la collection « pour les nuls. » Dans cette liste, vous allez commencer par choisir les 5 valeurs les plus importantes à vos yeux. Ça va sûrement être difficile d’en choisir seulement 5, mais c’est important que vous respectiez cette limite.
Mettez la vidéo en pause pour bien prendre le temps de choisir, et je vous conseille aussi de les noter quelque-part si vous avez de quoi écrire sous la main. Puis, quand vous aurez choisi les cinq valeurs qui comptent le plus à vos yeux, comparez-les à votre quotidien. Pour ça aussi, mettez la vidéo en pause et prenez le temps de répondre aux questions qui s’affichent à l’écran.

Bien entendu, ça ne suffira pas. Identifier ses valeurs, c’est comme fixer la destination d’un voyage. Une fois que c’est fait, il reste encore tout le chemin à parcourir. Mais au moins, ça vous permettra de vous situer, et surtout, d’éviter de vous perdre.
 

Sources

samedi 15 avril 2017

Comment bien utiliser le café pour se maintenir éveillé ?

D'un côté, la caféïne est très efficace pour maintenir le corps et l'esprit en alerte. Mais trop de café peut conduire à l'insomnie, voire affecter la santé. Alors comment tirer parti de ses effets sur la vigilance tout en réduisant au maximum ses effets indésirables ?
 
Un rapport important à finir ? Un devoir à rendre le lendemain ? Des révisions pour un examen ? Une réunion à préparer ? Les occasions de rogner sur les heures de sommeil sont nombreuses. Autant de raisons d'ingurgiter des quantités de café.
 
Mais une étude a montré qu'il n'est pas nécessaire de forcer la dose en caféine pour se maintenir éveillé(e) (Wyatt et al., 2004). En fait, il est bien plus efficace d'absorber de petites quantités de caféine (l'équivalent de deux gorgées de café à chaque fois) tout au long de la journée plutôt que d'en avaler de grandes quantités quand la fatigue se fait sentir.
 
De plus, vous minimiserez ainsi le risque d'insomnie, et donc le manque de sommeil. Ainsi, moins de risque de tomber dans le cercle vicieux "coup-de-barre-café-insmonie."
 
Donc mieux vaut boire plusieurs petits cafés dans la journée qu'une seule grande tasse quand vous vous sentez fatigué(e). Vous aurez l'esprit bien plus alerte.

Sources

photo : Cheryl Foong

Quel impact du non-verbal dans la communication ?

La célèbre règle des 3V indique que 55% de la communication passe par le canal visuel, 38% par le canal vocal et seulement 7% par le canal verbal. Comment cette règle a-t-elle été découverte ? Et que vaut-elle vraiment ?

Vous avez certainement déjà entendu parler de la règle des 3V, parce qu'elle est constamment mentionnée par les conseillers en image, les experts de la communication, dans des articles de magazines ou encore par les adeptes de la Programmation Neuro-Linguistique.

Selon cette règle, 55% de la communication serait visuelle, 38% serait vocale et 7% serait verbale.

Personnellement, ces chiffres m’ont toujours paru trop précis pour s'appliquer à toutes les situations de communication. Du coup, j'ai décidé d'enquêter pour savoir d'où ils sortent et comment ils ont été calculés. 


Les trois canaux de la communication

Si on ne rentre pas trop dans les détails, on peut effectivement dire que la communication passe par trois canaux :
  • le canal verbal, qui correspond au contenu du message que vous voulez transmettre, c'est à dire au sens des mots que vous prononcez ;
  • le canal vocal ou auditif, qui correspond à votre façon de prononcer ces mots : notamment le volume de votre voix, le ton sur lequel vous parlez, votre prononciation et votre débit de parole ;
  • et le canal visuel, qui comprend quant-à-lui les expressions faciales, le contact visuel, les gestes, la posture, l'apparence physique, les vêtements, etc.
On pourrait argumenter qu'il existe d'autres éléments qui peuvent influencer la transmission du message, comme le canal olfactif par exemple. Parce que si la personne qui vous parle a une haleine de chiotte, ça va forcément diminuer le poids de ses arguments. Mais bon, on va pas chipoter.

En résumé, le canal verbal véhicule le fond du message, alors que les canaux vocal et visuel sont axés sur sa forme. Donc si on reprend les chiffres de la règle des 3V, lorsque vous parlez le sens de ce que vous dites, le contenu de votre message ne constituerait que 7% du message transmis.

Si cette règle se vérifie, soit ça veut dire que les gens ne captent presque rien à ce que vous racontez, soit il y a une énorme masse d'information non-verbale qui passe en parallèle du message que vous voulez transmettre. Dans les deux cas, ça ne paraît pas réaliste. 
 

Les études de Mehrabian

En fait, ces chiffres très précis viennent de la combinaison des résultats de deux études réalisées par un chercheur du nom d'Albert Mehrabian en 1967.

1ère étude

Dans sa première étude, les sujets écoutaient neuf mots enregistrés :
  • trois avaient une connotation positive (« miel », « cher » et « merci ») ;
  • trois avaient une connotation neutre (« peut-être », « vraiment » et « oh ») ;
  • trois avaient une connotation négative (« non », « brute » et « terrible »).
Ces mots étaient prononcés sur différents tons (positif, négatif ou neutre), et on demandait aux sujets de deviner les émotions ressenties par les personnes qui les prononçaient.

Les résultats de l'expérience ont montré que les sujets se basaient beaucoup plus sur le ton de la voix que sur le sens des mots prononcés pour évaluer l'état d'esprit du locuteur. C’est à dire que si la voix de l’enregistrement disait le mot « brute » sur un ton positif, alors les sujets jugeaient que la personne qui avait prononcé ce mot était d’humeur positive malgré la connotation négative du mot « brute. »

Inversement, si la voix prononçait le mot « miel » sur un ton négatif, les sujets avaient tendance à attribuer à la personne qui avait prononcé ce mot une humeur négative malgré la connotation positive du mot. 

2nde étude

Dans la seconde étude, les sujets avaient également pour instruction d’évaluer l’émotion ressentie par une personne à partir d’un enregistrement. Sauf que cette fois, l’enregistrement ne comportait qu’un seul mot, « peut-être », choisi pour sa neutralité affective. Il n’y avait donc plus d’effet de la signification du mot.

En revanche, comme dans la première étude ce mot pouvait être prononcé de trois façons différentes : positive, neutre ou négative.

Et surtout, l’enregistrement était accompagné d’une photo, censée représenter le visage de la personne qui prononçait ce mot. Sur cette photo, le visage pouvait afficher l’expression d’une émotion positive, neutre, ou négative.

Cette fois-ci, lorsque les sujets évaluaient l’émotion de la personne qui parlait, ils se basaient beaucoup plus sur l’expression de la photo que sur le ton de la voix. Par exemple, si la personne prononçait le mot avec un ton positif mais qu’elle avait une expression négative sur la photo, alors les sujets lui attribuaient une émotion négative.

C’est en combinant les résultats de ces deux expériences que Mehrabian a élaboré la règle des 55-38-7.

Analyse

Je pense qu’à ce stade vous avez remarqué le problème :
  1. Les situations étudiées dans ces deux expériences sont complètement artificielles et loin de la réalité quotidienne.
  2. Les enregistrements ne contiennent pas vraiment de message verbal. Ce n’est pas parce qu’on prononce un mot qu’on envoie un message.
  3. Et surtout, on ne demandait pas aux sujets de retranscrire leur compréhension du message transmis, mais d’évaluer l’émotion du locuteur.
On peut également ajouter à ces critiques un certain nombre de biais méthodologiques : le nombre de sujets participant à l’expérience ridiculement petit, le fait qu’il ne s’agissait que de femmes et l’imprécision des termes « négatif » et « positif » lorsqu’ils qualifiaient le ton de la voix ou l’expression émotionnelle. Parce qu’autant il n’existe pas 36 émotions positives, autant pour le côté négatif, on pourrait en citer un paquet : colère, peur, tristesse, ennui ou mépris par exemple. 

Conclusion

Bref en conclusion, on ne peut pas dire que les valeurs de pourcentages de la règle des 3V soient une vérité absolue.

En fait, Mehrabian lui-même regrette que ses travaux soient aussi mal utilisés. Selon lui, son équation ne peut s’appliquer que dans des conditions similaires à celles de ses expériences, c’est à dire des interactions au cours desquelles les locuteurs communiquent leurs émotions et leurs sentiments. En dehors de ce contexte, ces chiffres sont évidemment inexacts. Pour s’en convaincre, rien de plus simple, il suffit d’essayer de faire passer n’importe quel message autre qu’émotionnel de façon non-verbale. Par exemple, la date de la Révolution française ou le nom de votre animal de compagnie. C’est impossible. 

J’ajouterai que ça ne rime à rien de diviser la communication en pourcentages. Dire que tel ou tel canal véhicule tant de pourcents de l’information n’a aucun intérêt. Ce qui compte vraiment, c’est la cohérence entre ces canaux.
 

La cohérence

Si un homme rentre d’une consultation chez le médecin et qu’il dit à sa femme que tout va bien avec un air triste, il y a incohérence entre ce qu’il dit verbalement et ce que son langage non-verbal envoie. D’un côté il dit que tout va bien, mais de l’autre, son corps envoie un signal complètement différent : quelque-chose le rend triste. 

Peut-être que ça n’a rien à voir avec sa consultation chez le médecin. Peut-être qu’il vient de se rappeler un mauvais souvenir. Ou peut-être qu’il a reçu un message de son patron qui lui a annoncé qu’il est viré. Ou peut-être encore qu’il vient de lire les résultats des primaires à droite dans les actualités. Mais dans tous les cas, si sa femme perçoit une incohérence entre ce qu’il dit et son comportement non-verbal, elle jugera que c’est son corps qui dit la vérité. Et elle aura raison. Après, quant à savoir ce qui rend triste son mari, c’est une autre histoire. Dans ce cas, l’hypothèse la plus probable est que le médecin lui a annoncé une mauvaise nouvelle. Mais pour s’en assurer, il faudra le questionner.

C’est ce phénomène que reflètent les pourcentages de la règle des 3V de Mehrabian. On pourrait donc la reformuler ainsi : Quand les gens détectent une incohérence entre le message émis verbalement et le comportement non-verbal, dans une immense majorité des cas ils préfèrent se fier à ce dernier. 

L’impact du non-verbal dans la communication est donc réellement décisif, même s’il est difficile à évaluer. 

D’ailleurs, on s’en rend bien compte quand il nous manque. Quand on parle au téléphone par exemple, on est privé du canal visuel et une partie de ce qu’envoie notre interlocuteur nous manque.
Mais le pire reste la communication écrite, pour laquelle on est même privés du canal vocal. Aucune information non-verbale ne pouvant circuler, la communication écrite peut vite être sujette à malentendus.

C’est peut-être à cause de ce genre de malentendus que Scott Fahlmann, le 19 septembre 1982 aurait écrit le message suivant à ces collaborateurs : «Je propose d’utiliser la séquence de lettres suivante pour indiquer les blagues : :-) »

Les smileys étaient nés. Et leur succès illustre bien à quel point nous avons besoin du langage non-verbal pour fluidifier les rapports sociaux.
 

Sources :

  • Atkinson, M. (2009, August 24). Mehrabian's moans about the myth. Retrieved November 27, 2016, from http://maxatkinson.blogspot.fr/2009/08/mehrabians-moans-about-myth.html
  • Beaulieu, L. (2012, September 19). Les smileys ont 30 ans, et leur créateur n'est pas content ;). Retrieved November 29, 2016, from http://www.slate.fr/lien/61975/smileys-ont-30-ans
  • Mehrabian, A., & Ferris, S. R. (1967). Inference of attitudes from nonverbal communication in two channels. Journal of consulting psychology, 31(3), 248.
  • Mehrabian, A., & Wiener, M. (1967). Decoding of inconsistent communications. Journal of personality and social psychology, 6(1), 109.
 

Pour aller plus loin :

En fait, il semble que le canal qui transmet la connotation négative est celui à qui se fie la personne qui reçoit le message, que ce canal soit verbal ou non (Bugental, 1970, 1972, 1974). Ce ne serait donc pas un canal de communication qui serait privilégié par rapport à un autre, mais le contenu du message transmis.

Il semble également que plus il y a de mots (plus le message est long et complexe) et plus on accorde d'importance au canal verbal (Cline, 1972).
On accorde également plus d'importance au canal verbal quand il s'agit de porter un jugement cognitif plutôt qu'émotionnel envers la personne qui parle (Friedman, 1978).
Si on demande aux observateurs de juger si la personne qui parle est honnête ou si elle ment, là aussi on fait plus confiance au canal verbal (Kraut, 1978; Krauss, 1981).
Le sexe de la personne qui parle, de même que le sexe de la personne qui écoute, influence l'importance relative donnée à tel ou tel canal (Argyle, 1970; Rosenthal, 1979; Noller, 1980).
  • Argyle, M., Salter, V., Nicholson, H., Williams, M., & Burgess, P. (1970). The Communication of Inferior and Superior Attitudes by Verbal and Non‐verbal Signals. British journal of social and clinical psychology, 9(3), 222-231.
  • Bugental, D. E., Kaswan, J. W., & Love, L. R. (1970). Perception of contradictory meanings conveyed by verbal and nonverbal channels. Journal of Personality and Social Psychology, 16(4), 647.
  • Bugental, D. E., Love, L. R., & Kaswan, J. W. (1972). Videotaped family interaction: Differences reflecting presence and type of child disturbance. Journal of Abnormal Psychology, 79(3), 285.
  • Bugental, D. E. (1974). Interpretations of naturally occurring discrepancies between words and intonation: Modes of inconsistency resolution. Journal of Personality and Social Psychology, 30(1), 125.
  • Cline, V. B., Atzet, J., & Holmes, E. (1972). Assessing the validity of verbal and nonverbal cues in accurately judging others. Small Group Research, 3(4), 383-394.
  • Friedman, H. S. (1978). The relative strength of verbal versus nonverbal cues. Personality and Social Psychology Bulletin, 4(1), 147-150.
  • Krauss, R. M., Apple, W., Morency, N., Wenzel, C., & Winton, W. (1981). Verbal, vocal, and visible factors in judgments of another's affect. Journal of Personality and Social Psychology, 40(2), 312.
  • Kraut, R. E. (1978). Verbal and nonverbal cues in the perception of lying. Journal of personality and social psychology, 36(4), 380.
  • Noller, P. (1980). Misunderstandings in marital communication: A study of couples' nonverbal communication. Journal of Personality and Social Psychology, 39(6), 1135.
  • Rosenthal, R., & DePaulo, B. M. (1979). Sex differences in eavesdropping on nonverbal cues. Journal of Personality and Social Psychology, 37(2), 273.